Un objectif : « Faire réussir la coopérative »

La coopérative Tamaziste Tikirt produit du couscous à partir de blé ou d’orge, et des pâtisseries et biscuits variées. La présidente Jalila précise que « les recettes sont amazighes et ancestrales, transmises par les ainées du village. » Cette coopérative a été créée en janvier 2023 par quelques femmes qui avaient un savoir-faire, du temps disponible et un désir d’être plus active. Elles se sont organisées en travaillant ensemble chaque jour chez l’une, puis chez l’autre, accueillant l’équipe à tour de rôle. Cela leur permettait de travailler ensemble et s’entraider. Puis l’une d’entre elles a mis à disposition de la coopérative un garage qui leur a permis de se retrouver pendant 18 mois, pour travailler et cuisiner ensemble. Avec le séisme de septembre 2023, le village a été bien endommagé. Certaines familles ont perdu leur maison. D’autres femmes ont rejoint la coopérative. Le garage s’étant avéré trop exigu, la coopérative avait besoin de s’agrandir. L’équipe Caritas l’a rencontré comme elle a rencontré un certain nombre de coopératives afin d’écouter les besoins de chacune et voir les urgences. C’est en voyant leur implication et leur joie d’entreprendre que Caritas a choisi d’aider à la construction d’un local plus grand pour permettre à cette coopérative d’accueillir plus de membres et se développer. Le superviseur technique de Caritas Maroc leur a alors proposé un plan du futur local qui a été accepté.

Elles ont donc maintenant un local neuf : une grande pièce de travail bien claire où elles cuisinent, un jour le couscous, le lendemain les pâtisseries. Un bureau, une pièce pour stocker les fournitures et ingrédients, un vestiaire pour se changer en arrivant. Il reste maintenant à équiper le local. Caritas Maroc va leur fournir des tables de travail, pétrin, fours et balance digitale.
Les matières premières sont produites en partie au village ou achetées au souk local. Leurs productions sont vendues localement dans l’ensemble de la commune. Quand elles pourront se mettre en conformité avec l’ONSA, cela leur ouvrira la porte du marché national et internationale. Ce qui frappe, en écoutant ces dix femmes qui viennent du même douar, c’est leur volonté d’avancer ensemble, l’amitié et le respect qui les lient. Ce sont les femmes qui prennent toutes les décisions. « Il y a une grande différence entre le début de la coopérative et maintenant » nous dit Fatima. Khadija ajoute : Je remercie Dieu pour l’existence de cette coopérative. « Je n’avais pas vraiment d’objectif dans ma vie, maintenant mon temps est organisé pour la coopérative. Cela me donne un équilibre et un objectif : Faire réussir la coopérative et la faire progresser vers l’international. » Leur emploi du temps est bien organisé et équilibré, rien n’est négligé. Elles sont à la coopérative de 14h à 18h et le matin c’est pour les travaux domestiques, chacune chez elle. « Les maris sont fiers de leur femme » nous confientelles.

Mais la coopérative, c’est aussi « un espace pour respirer, ». Aabida ajoute : « bien sûr, c’est un lieu professionnel mais aussi amical car c’est l’occasion de retrouver des amies. » Afatme précise « Vous nous avez fait sortir de l’obscurité à la lumière. La coopérative c’est mon futur et aussi celui de nos enfants. » La plus jeune, Jamila nous confie « Je suis là pour apprendre. Je vis avec mes parents et venir à la coopérative m’a permis de développer un savoir-faire et d’avoir un but dans mes journées. » En acquérant toute cette expérience, ces femmes expriment maintenant leurs besoins et leur désir de formation. Elles souhaiteraient se former en particulier à la gestion, au marketing et pouvoir imaginer une identité visuelle pour leur produit. Un nouvel accompagnement pourrait alors renforcer cette dynamique déjà bien engagée. Et pour clore notre rencontre d’inauguration de ce nouveau local, nous avons dansé au son des tambourins !

Bénédicte Bergeron