RAEMH – Tisser la communauté depuis Rabat

Ce deuxième atelier en présentiel du Réseau AfriqueEurope pour la Mobilité Humaine (RAEMH), après celui tenu à Dakar en 2023, a été traversé par une conviction profonde : la mobilité humaine interpelle notre foi, notre mission et notre humanité commune.

Pendant cinq jours de travail intense, de prière et de partage, des représentants des dix pays membres du RAEMH (Maroc, Mauritanie,
Sénégal, Mali, Niger, Guinée, Côte d’Ivoire, Espagne, France et Italie) et un représentant de Caritas Cameroun, aux côtés d’acteurs de la société civile et de représentants de Caritas Africa, Caritas Europa, Caritas MONA et Caritas Internationalis, ont approfondi des enjeux fondamentaux liés à l’accompagnement des personnes en mobilité. Le programme a alterné entre analyse contextuelle, partage d’expériences de terrain, consolidation de la gouvernance du RAEMH et formation sur le principe du « Do no harm ». Cette formation, très appréciée par les participants, a été animée par Beyond Mobility, une structure spécialisée dans le conseil et la formation pour les ONG et les initiatives de développement.

Trois axes prioritaires ont guidé les échanges : L’accompagnement psychosocial communautaire dans les processus de deuil migratoire. La collaboration avec les organisations à base communautaire, La construction d’un récit commun sur la mobilité humaine. Des groupes de travail ont aussi permis de réactiver des thématiques importantes déjà abordées à Saly dans le premier atelier multi-pays du RAEMH : la documentation et l’état civil, le retour volontaire au pays d’origine et la gestion des données, soulignant les défis liés à la confidentialité et à la dignité des personnes accompagnées. La question du deuil migratoire – souvent invisible et silencieuse – a été abordée à partir des expériences vécues par les familles ayant perdu un proche sur la route, et par celles et ceux qui doivent se reconstruire après avoir tout quitté. Des ateliers ont permis de mettre en lumière l’importance d’une réponse communautaire et humaine, qui reconnaisse la douleur, restaure la dignité et ouvre des chemins de résilience.

Une visite de terrain a permis aux participants de mieux appréhender le contexte migratoire marocain – pays d’origine, de transit, d’accueil et de retour – et de découvrir des initiatives concrètes d’écoute, d’accueil et de médiation auprès de jeunes en mobilité. Les Délégations Diocésaines des Migrations de Tanger et du Sénégal, ont apporté des contributions particulièrement inspirantes dans l’accompagnement psychosocial et la sensibilisation, renforçant ainsi la transversalité et la portée du réseau. Un accent particulier a également été mis sur le pouvoir des mots : quelle responsabilité portons-nous dans les récits que nous construisons autour des migrations ? L’atelier a invité à adopter un langage respectueux de la dignité, révélateur des capacités et porteur d’humanité, loin des stigmates et des peurs instrumentalisées. Des temps ont été aussi consacrés à la réflexion stratégique via des groupes de travail et l’Assemblée des membres du RAEMH, pour définir les orientations futures du réseau. Le rôle de la confédération Caritas a été exploré dans sa dimension continentale et mondiale, avec l’intervention de représentants de Caritas Africa, Europa, MONA et Internationalis. Au-delà du contenu, cet atelier a été une véritable expérience de communion. Dans les célébrations liturgiques, les temps informels et les travaux collectifs, des liens fraternels se sont tissés. Les fatigues ont trouvé repos et l’élan pour continuer ensemble s’est ravivé. Dans un contexte mondial marqué par la peur de l’autre et les fermetures, cette rencontre fut signe d’espérance et d’audace : une Église en sortie, sans frontières, qui
écoute, accompagne et défend. Le RAEMH continue de miser sur des réseaux vivants qui traversent la Méditerranée en construisant des ponts de dignité. Comme l’a exprimé un des participants : « Notre espérance n’est pas naïve : elle est une décision collective de ne pas nous résigner à une réalité douloureuse qui interpelle notre conscience, de continuer à accueillir, écouter et marcher aux côtés des personnes en mobilité, comme des frères et des sœurs. »

Alvar Sanchez